Xiamen-#20 Aurelie Foussard photographie art contemporain
Aurélie Foussard

Tirage limité « Xiamen – #20 » – Aurélie Foussard – Photographie d’art contemporain

550,00

4 en stock

Photographie – Édition limitée à 5 exemplaires signés et numérotés délivrés avec certificat d’authenticité

2012

Photographie d’art contemporain

Depuis ses premières photographies jusqu’à son passage par des études en histoire de l’art à Lyon 2 ou aux Gobelins à Paris, Aurélie interroge la présence et l’absence. Au fil des séries, elle décrypte l’architecture, que ce soit à travers les lignes et les aplats de Le Corbusier ou des bâtiments de Tadao Ando.
La série Xiamen réalisée en chine ouvre des espaces empreints d’une grande sérénité. Son art de la composition fascine par l’ordonnancement mesuré des éléments. On est happé par le mystère des lieux, mise en relation de la structure et de l’horizon marin apaisé. Photographe de l’architecture, elle donne à voir la structure des espaces.
(Ce petit résumé a été écrit en accompagnement de la publication de la série Xiamen dans le magazine Mercure Liquide, en Octobre 2015).

 

Photographe de la pierre, de la ligne, du béton, de la courbe, Aurélie Foussard commence la photographie à l’époque du lycée. Après avoir suivi des études d’Histoire de l’Art à l’Université Lumière Lyon II, elle entre à l’école des Gobelins à Paris. L’artiste contemple, photographie l’architecture avec une exigence et une vision d’ascète. Son travail « fait disparaitre l’anecdote pour ne retenir que l’essentiel et transcender l’architecture pour n’en retenir que la manière et l’esprit ». Les architectures corbuséennes, la pureté de Tadao Ando ou les abbayes cisterciennes ont fait face à son regard et à son objectif.

Présentation de Xiamen :

On est à Xiamen, quelque part sur la côte de la mer de Chine, au nord-est de Hong-Kong et face à Taïwan, dans une ruine moderne. La lumière est étale, comme la mer, de ce gris vaporeux et liquide qui recouvre si souvent cette partie du monde. Aurélie Foussard photographie.

On connaît ses précédents travaux, ceux où elle montrait des architectures de silence, de béton, des surfaces neutres, sans aucune présence humaine, sans la moindre végétation.

Pour elle, photographier a toujours été une autre façon de faire silence. On se souvient des icônes corbuséennes, la Villa Savoye, Ronchamp ou l’unité d’habitation de Marseille, de sa façon d’entrer dans le silence des pierres des abbayes cisterciennes ou de ses photographies de bâtiments de Tadao Ando au Japon.

Par le choix d’un format carré de composition, par les immenses aplats monochromes des murs, elle touchait à une forme picturale qui n’était pas éloignée de l’abstraction géométrique ou de l’art concret. Une proximité avec la peinture qu’elle revendique par le jeu de la lumière rasante, dans la frontalité de certains plans, dans la recherche de l’émotion jusque sur la peau des pierres et du béton, dans les vibrations silencieuses captées avec lenteur et sans esthétisme, avec juste ce qu’il faut de sensible pour les laisser apparaître.

Là, dans cette série de Xiamen, elle poursuit ce travail sur des architectures repensées par le biais de la photographie, on retrouve ce même cadrage qui fait ressortir les éléments plastiques des constructions, cette composition qui parvient à décliner picturalement le travail photographique, cette même recherche de silence et d’humilité dans le regard. Mais il y a autre chose. D’un objet construit et bien ancré dans le réel, à la matérialité évidente, pondéreuse et invasive, elle parvient à faire une sorte d’abstraction un peu irréelle. Par cette photographie en couleur qui ne rend qu’un dégradé de gris, un noir et blanc étrange d’un monde dont la couleur se serait absentée, par cette lumière de zénith qui parvient à entrer de façon paradoxale jusqu’au fond des architectures comme si elle venait, rasante, depuis la mer, elle atteint une irréalité qui accroit encore davantage le sentiment d’abandon et de désolation de ces ruines modernes.

Elle ajoute de l’absence au silence.

Les murs ne sont plus habités comme ils pouvaient l’être dans les abbayes, les cathédrales de Le Corbusier où les Pierres sauvages de Fernand Pouillon, plus de présence divine certes mais plus de présence humaine non plus. Aurélie Foussard montre cette disparition. Des lieux où l’homme est parvenu à se réapproprier la nature de façon si intrusive mais aussi tellement totale, ici un littoral construit jusqu’au cœur des vagues, qu’il devient inutile de le montrer. Son hyper présence est parvenue à le rendre invisible. Comme si le poids de l’architecture dans notre rapport visuel avec l’environnement naturel était tel qu’il affirmerait la présence de l’homme par son absence même. Ici, c’est cela qu’on voit, plus de nature, l’omniprésence du béton, l’absence de l’homme.

Une absence pure, car ce n’est pas celle que l’on ressent dans des ruines anciennes, qui portent encore le souvenir et les traces de la présence humaine, la chair d’un vécu sur la surface des architectures ou des pierres usées par le temps, l’abandon ou la guerre.

Aurélie Foussard photographie des ruines neuves, ultra modernes, jamais encore habitées et qui vraisemblablement ne le seront jamais. Des ruines qui n’ont ni passé ni futur, qui sont simplement là, dans un présent qui les expose à nos yeux de façon frontale, avec leurs géométries standardisées, bancales, inachevées, leur présence fantomatique qui ne suscite même plus d’angoisse mais sont le signe d’une sorte de désenchantement total du monde. On entend le silence de ces ruines, on entend aussi celui de la mer, comme si la nature elle-même était devenue silencieuse. On en cherche la trace, un peu de sable resté miraculeusement vierge, mais aucune végétation visible, si ce n’est dans cette forme en creux des planches de coffrage, quand l’aubier scié des arbres s’est imprimé sur le béton en des sortes de moires fossiles. Sur des terrasses désertes face à la mer aucune végétation ne s’est développée, pas la moindre herbe dans l’interstice des dalles, pas la moindre moisissure d’humidité à la surface des pergolas étranges et circulaires, sortes de Stonehenge de pacotille où jamais pensée ne fut mise en œuvre.

On voit aussi la lumière, sorte de brouillard opalescent qui à n’en pas douter doit éblouir le regard, lumière forte, écrasante, qui affadit les ombres.

Un lait de lumière qui uniformise les couleurs, tente leur disparition.

Des photographies sans nostalgie aucune, celle qui aurait pu naître si on avait eu affaire à des ruines antiques, celles de civilisations perdues, enfouies ou détruites, pas de poussière d’Empire, pas de splendeurs évanouies, pas de beauté fanée, non, ces photos sont un miroir tendu à notre époque, à notre ici et maintenant.

Se souvenir alors de cette phrase de Baudelaire à propos de la photographie (critique du Salon de 1859) : « Qu’elle sauve de l’oubli les ruines pendantes, les livres, les estampes, et les manuscrits que le temps dévore, les choses précieuses dont la forme va disparaître et qui demandent une place dans les archives de notre mémoire, elle sera remerciée et applaudie. Mais s’il lui est permis d’empiéter sur le domaine de l’impalpable et de l’imaginaire, sur tout ce qui ne vaut que parce que l’homme y ajoute de son âme, alors malheur à nous ! »

Plus d’un siècle a passé, et les photographes lui ont donné tort, bien sûr. Dans une exploration par la photographie de la dialectique entre nature et culture, Aurélie Foussard pose bien, au travers de la série réalisée à Xiamen, non pas la question de la conservation documentaire des ruines mais bien cette question essentielle : où est l’humain ? Où sommes-nous encore ?

Bernard Collet

07.2014

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